MAISON ET SANTE,
UN LIEN INTIME :
« L’ EXPERIENCE LIEGEOISE »
Le Service d’Analyse des Milieux Intérieurs de la
Province de Liège (SAMI) présenté par le Docteur Alain NICOLAS, Premier
Directeur Médecin du Département de la Médecine de l’Environnement et responsable
médical du SAMI de la Province de Namur (Belgique.)
Première constatation : nous passons de plus en
plus de temps à l’intérieur des bâtiments (entre 70 et 95 %), que ce soit dans
nos habitations, dans des homes, dans des crèches, dans des lieux de travail,
d’enseignement, de loisirs ou dans des lieux publics. Un certain nombre de
réglementations et d’organes de contrôle existent pour ces différents endroits
mais pour les habitations privées, à part les règlements concernant l’insalubrité,
le propriétaire ou le locataire se trouve seul face à ses éventuels problèmes.
Deuxième constatation : les bâtiments sont de
plus en plus clos. Depuis les années 70 et les crises pétrolières, dans le but
d’améliorer l’isolation thermique, les maisons ont été renfermées pour devenir
pratiquement hermétiques. La ventilation est le plus souvent insuffisante. De
plus, le mode de vie moderne ne permet plus une présence tout au long de la
journée, comme c’était le cas lorsque les femmes restaient à domicile avec les
jeunes enfants et éventuellement les grands-parents. Lorsque la ventilation
existe mais qu’elle est artificielle certains problèmes spécifiques peuvent
survenir tels que les infections à Légionelles.
Enfin, troisième constatation : pendant les
dernières décennies, l’industrie chimique a fait d’énormes progrès permettant
de mettre sur le marché des milliers de nouveaux composés, la plupart, sans
doute très utiles, mais dont les effets sur la santé à long terme sont peu ou
mal connus. Les habitants sont ainsi exposés, chez eux, à de nombreux polluants par différentes voies.

La voie respiratoire est naturellement la première
concernée et l’appareil respiratoire lui-même peut souffrir de la présence d’un
agent toxique soit par irritation mais également par réactions spécifiques tel
qu’un bronchospasme lors d’une crise d’asthme ou par le développement de
tumeurs ou de cancers. La voie pulmonaire est également une voie d’entrée
permettant à un agent toxique de pénétrer, via le sang, dans l’ensemble de
l’organisme et ainsi d’avoir une action à distance par exemple au niveau du
système nerveux central pour certains solvants. La voie digestive n’est pas à
négliger , en particulier pour l’exposition au plomb, face à de jeunes
enfants qui ont tendance à porter à la bouche tout ce qu’ils trouvent. La voie
cutanée et muqueuse peut être empruntée par certains toxiques tels que les
pesticides. Enfin la voie sensorielle doit être retenue car la qualité de
l’environnement visuel, acoustique ou olfactif peut avoir des répercussions
importantes en termes de bien-être et de santé.
Tous les niveaux de gravité peuvent être rencontrés lorsque l’on se penche sur les conséquences des pollutions intérieures. En effet, les personnes peuvent se plaindre de simples malaises ou d’irritations mais également on peut malheureusement constater des décès par intoxication au monoxyde de carbone, par cancer ou par crise d’asthme. Entre ces deux extrêmes, toute une foule de troubles fonctionnels de type neurologique, digestif, respiratoire ou autres peuvent avoir des caractères bénins ou plus ou moins graves mais dans tous les cas, vont déboucher sur des conséquences sociales, financières et sanitaires parfois importantes.

La pollution intérieure est donc un problème complexe
connu de longue date mais qui a été mis en avant depuis plus de quinze ans par
le monde médical et scientifique et c’est ainsi qu’alertées, les Autorités de
la Province de Liège ont créé en octobre 1999 le premier Service d’Analyse
des Milieux Intérieurs de Belgique « SAMI » dans le cadre de ses
missions de subsidiarité, se saisissant d’une question délaissée par les
autres niveaux de pouvoir. Depuis lors, d’autres provinces ont emboîté le pas
et ainsi pratiquement l’ensemble de la population francophone de Belgique a, à
sa disposition, un Service d’Analyse des Milieux Intérieurs. Les coordonnées de
ces différents services peuvent être consultées sur www.sami.be.
Comment le SAMI fonctionne-t-il ?
La première étape est la demande qui va souvent
émaner du patient mais qui doit toujours être relayée par un médecin qui aura
rédigé une prescription. Le dossier pourra ainsi être instruit par l’équipe du
SAMI tant au niveau médical que technique.
Dans un premier temps, certains conseils seront
donnés soit par téléphone soit par l’envoi de fiches techniques rédigées à cet
effet. Ces fiches peuvent être obtenues auprès du SAMI sur simple demande.
Elles concernent le radon, l’humidité, le formol, le monoxyde de carbone, les
pesticides et l’aménagement des chambres d’enfants.
Lorsque cela s’avère nécessaire l’équipe du SAMI se
rendra à domicile et , après un examen général du bâtiment, une visite de la
maison, pièce par pièce, sera réalisée. Au moyen de différents appareillages,
une détection sera effectuée afin de découvrir les différents agents qui
pourraient être la cause de la pathologie évoquée mais surtout pour comprendre
l’origine de ces polluants et ainsi pouvoir donner des conseils spécifiques à
l’habitant afin de lui permettre de réduire l’exposition de sa famille à ces
nuisances. Si nécessaire, des échantillons seront emportés vers le laboratoire
pour une analyse plus fine. Différentes photographies seront prises lors de
cette visite afin de pouvoir rédiger, à l’intention du médecin demandeur, un
rapport circonstancié reprenant tous les éléments mis en évidence ainsi que les
conseils prodigués.
Après quelques semaines voire quelques mois, un contact sera pris avec le patient afin de connaître l’évolution de son état de santé. Le même type de démarche sera effectué auprès de son médecin traitant. Ces renseignements permettront une évaluation de l’efficacité du SAMI et des éventuels nouveaux besoins en terme de types de polluants à rechercher.
L’intervention du SAMI est gratuite pour tout
habitant de la Province de Liège.
Le SAMI
peut ainsi détecter ou analyser de nombreux polluants qu’ils soient de nature
physique, chimique ou biologique. La liste de ces polluants est déjà longue
mais n’est pas limitée, en ce sens que toute nouvelle situation peut déboucher
sur la mise au point d’une méthode de détection pour un nouveau polluant.
Depuis sa création, le SAMI a visité environ 500
habitations et a pu constater que, dans 60 % des cas, les problèmes d’humidité
avec la présence de moisissures voire d’acariens sur les murs, étaient la cause
d’une détérioration de l’habitat et de l’état de santé des résidants. En
fréquence, viennent ensuite les problèmes liés à la présence de composés
chimiques tels que les solvants et le formaldéhyde, puis le monoxyde de
carbone, les composés azotés, les fibres minérales d’isolation et l’amiante.
Les pathologies le plus fréquemment rencontrées sont
de type respiratoire soit non asthmatique, soit de type allergique et
concernent aussi bien les voies respiratoires inférieures que supérieures. Des
migraines, des vertiges, de la fatigue nous sont également fréquemment
rapportés. Quant on sait que selon l’OMS, il y a 150 millions d’asthmatiques
dans le monde et que dans dix ans, la moitié des Européens pourrait bien
souffrir de l’une ou l’autre forme d’allergie, on comprend tout l’intérêt de la
démarche du SAMI de la Province de Liège tant au niveau préventif que curatif.
Il faut insister sur le fait que les conseils donnés
par l’équipe du SAMI sont habituellement simples à appliquer. Par exemple, dans
le cas des maisons trop humides si souvent rencontré, nous conseillons
d’attaquer le problème à la racine. S’il est vrai que parfois, la maison n’est
pas étanche et qu’il faudra recourir aux services d’un homme de métier pour
réparer la toiture ou que les fondations sont la source d’une remontée
capillaire d’eau sous forme d’humidité ascensionnelle et qu’il faudra une
solution spécifique à ce problème, dans la majorité des cas, les problèmes
d’humidité sont dus à de la condensation intérieure sur des parois froides. En
agissant au niveau des sources de vapeur d’eau telles que les salles de bains,
les buanderies ou les cuisines, et en modifiant les habitudes liées à certaines
activités, on pourra réduire nettement la charge de vapeur d’eau à évacuer
quotidiennement. Pour ce faire, nous serons amenés à conseiller le placement et
l’utilisation de grilles de ventilation, de hottes d’extraction dans les
cuisines et dans les salles de bains mais également certaines précautions
au niveau des murs et des parois froides, à savoir : éviter d’encombrer
ces zones par des meubles difficiles à déplacer mais aussi préférer un
revêtement lisse et lavable afin de pouvoir régulièrement vérifier l’état de
ces murs et les laver pour éviter que
d’éventuelles moisissures ne puissent y croître.
Lorsque les conseils du SAMI sont appliqués, on peut
constater une disparition des plaintes ou une amélioration nette de l’état de
santé dans plus de 80 % des cas.

Malheureusement, dans environ 25 % des cas, les
conseils ne sont pas complètement suivis. Nous nous devons d’encourager ces
personnes à appliquer nos conseils, car même si les liens entre l’habitation et
la santé sont parfois complexes, l’expérience acquise par le SAMI depuis plus
de six ans nous permet d’affirmer que les patients qui nous ont appelés ne sont
pas des « malades imaginaires » mais sans doute, des personnes plus
sensibles que d’autres et qui bénéficieront certainement, en termes de santé,
d’une modification de leur environnement intérieur et d’un changement éventuel
de certains comportements.
L’entourage de ces malades doit comprendre que même
si le niveau toxique n’est pas atteint, une personne allergique ou
hypersensible peut être gravement perturbée par les différents agents de
pollution intérieure. Accepter cette différence et faire l’effort de remédier
aux situations qui posent problèmes à ces personnes leur permettra sans doute
de recouvrer la santé mais sera pour tous aussi une garantie de bien-être et
d’équilibre.
C’est cette
voie qu’ont décidé de suivre les Autorités Provinciales Liégeoises en mettant à
la disposition de la population un service accessible et gratuit tel que le
Service d’Analyse des Milieux Intérieurs, (SAMI) qui peut être contacté au
04/34 95 110 ou par courrier électronique à
sami@prov-liege.be.
Quelques polluants particuliers.
Le radon : le radon
est un gaz radioactif naturel (émetteur alpha) provenant de la désintégration
de l’uranium contenu dans les roches anciennes et dans certains matériaux de
construction. Il participe à 50% de l’irradiation de nos populations et est
selon l’OMS, le deuxième agent responsable du cancer du poumon (16% pour 100
Bq/m³) après le tabagisme. Pour plus d’information : www.radon.be .
Le plomb : contrairement à l’adulte , l’organisme de l’enfant absorbe bien le plomb et sa capacité d’élimination rénale est faible. L’intoxication au plomb( saturnisme) est la plus dangereuse pour les enfants, de la grossesse à 6 ans.
Lors de la grossesse, le plomb stocké dans les os de la mère est libéré dans le sang et traverse la barrière placentaire et contamine le fœtus, il se retrouve dans le lait maternel et contamine le nourrisson pendant l’allaitement .
Les habitudes de déplacement au ras du sol, les activités ludiques et le comportement PICA(le fait de porter les objets à la bouche) augmentent les quantités ingérées .
Le système nerveux du jeune enfant, toujours en développement, est une cible très vulnérable. Une imprégnation chronique, même à de très faibles concentrations peut induire des effets à long terme .
Les signes d’une contamination au plomb
sont peu spécifiques( pâleur, fatigue, trouble de l’humeur et du comportement,
difficultés d’apprentissage , anorexie, douleurs abdominales…). En cas
d’intoxication massive , on peut observer des convulsions, des vomissements, pertes
de connaissances et voir même le coma.
Sources de plomb : L ‘eau de distribution : les tuyauteries
anciennes en plomb, les soudures à l’étain-plomb peuvent relâcher du plomb dans
l’eau.
Les peintures contenant de la céruse : dans les maisons
construites avant 1945, on utilisait des céruses et des peintures à base de
plomb afin de réduire le pourrissement
des boiseries ou la corrosion des métaux . Ces vielles peintures
sont encore parfois présentes dans les maisons anciennes et lors de travaux de
ponçages , des poussières de plomb peuvent être inhalées ou ingérées.
Les croisillons en plomb des vitraux.
Certains jouets « non agrées » ne portant pas le sigle « CE »
Certaines pièces de vaisselle : théière…
Plaques d ‘étanchéité de certains balcons ( solin) ou barrières d’étanchéité placées avant de tapisser un mur humide.
Les cosmétiques : crayons khôl
L’alimentation.
L’ environnement …
Le monoxyde de carbone : Le monoxyde de carbone(CO) est un gaz incolore,
inodore, insipide. L’intoxication au monoxyde de carbone est la première cause
de mort toxique accidentelle en Belgique. Chaque année, en Belgique, plusieurs
dizaines de personnes meurent intoxiqués au CO et près de 2000 personnes sont
hospitalisées à cause d’une intoxication au CO. Plus de 70% des accidents
surviennent entre novembre et avril .
La production de monoxyde de carbone résulte de la combustion
incomplète de matières organiques.
Le CO inhalé se lie facilement et rapidement à l’hémoglobine(
pigment des globules rouges, transporteur d’oxygène), préférentiellement( 200
fois plus que l’oxygène) pour former un composé appelé carboxyhémoglobine( HbCO). Il en
résulte, une réduction de la capacité de transport d’oxygène dans l’organisme
et l’asphyxie du système cellulaire.
Le pourcentage de carboxyhémoglobine formé dépend du taux initial
de carboxyhémoglobine( plus élevé chez les
fumeurs), de la concentration du CO dans l’air inspiré mais aussi de la durée
d’exposition.
Pour les personnes exposées chroniquement à de faibles
concentrations de CO la symptomatologie est souvent peu spécifique : mal
de tête, vertige, fatigue mal définie, troubles digestifs(lourdeur d’estomac,
nausée.. ), difficulté de concentration.
En cas d’intoxication aiguë, l’hypoxie est mal tolérée au niveau
du système nerveux central, du myocarde. Si la concentration de CO dans la
pièce est très importante, la victime risque de s’évanouir, de tomber dans un
coma profond pouvant entraîner la mort.
Les personnes les plus sensibles au CO sont : les enfants,
les femmes enceintes, les sujets âgés, les insuffisants respiratoires ou
coronariens, les sujets anémiés.
Le formaldéhyde : Le formaldéhyde, également appelé
formol, est un gaz incolore et inflammable, d’odeur pénétrante et piquante.
Le formol est en fait, le nom commercial pour des solutions de
formaldéhyde dans l’eau. Ces solutions sont employées comme désinfectants,
insecticides, fongicides et désodorisants.
Le formaldéhyde est sans doute l’un des composées chimiques les
plus communs et les plus polluants de nos habitations. Il est largement utilisé
dans les matériaux de construction, dans les textiles, dans les produits
antiseptiques... On le retrouve également
dans la fumée de tabac.
Les effets du
formaldéhyde sont très différents suivant les individus. Certaines personnes
peuvent même présenter des symptômes
lorsque le taux est inférieur à la norme recommandée.
L’absorption du formaldéhyde est rapide par voie respiratoire et
très faible par voie cutanée .Même à de faibles concentrations, il peut
provoquer des irritation et des inflammations des yeux( larmoiements,
démangeaisons), des voies respiratoires( nez, gorge, poumons).
Une exposition
chronique peut se traduire sous forme de conjonctive, rhinite, pharyngite,
sinusite, bronchite, toux chronique, saignements des muqueuses et être à
l’origine de crises d’asthme.
L’exposition au formaldéhyde peut aboutir à une sensibilisation et
au développement d’une allergie.
Par le biais des cosmétiques ou de textiles, il peut provoquer une
allergie de contact.
Le formaldéhyde peut avoir des conséquences neurologiques se
traduisant par une fatigue accrue, des nausées, des vertiges, des migraines et
de la somnolence.
Les moisissures : Les moisissures sont des
champignons microscopiques qui s’étalent sur les matières organiques. Quelques
moisissures sont des parasites des végétaux ou des animaux, mais la majorité
sont saprophytes: elles se
développent sur des milieux non vivants.
Les moisissures prospèrent sur un grand nombre de substances
organiques( bois, papier, cuir, murs, terreaux des plantes), dans des endroits
humides, chauds, mal ventilés et sombres.
L’isolation excessive sans ventilation
adéquate, depuis les crises pétrolières, a largement favorisé l’apparition de la cave au grenier , de
zones de condensation( ponts thermiques) qui deviennent très vite le siège d’un
intense développement de moisissures. Le mode de vie a évolué parallèlement
entraînant la production et l’accumulation d’humidité dans l’habitat( vapeurs
de douches, aération insuffisante des chambres…).
L’allergie respiratoire aux moisissures est provoquée par
l’inhalation des spores fongiques.
Elle se traduit par l’apparition de pathologies allergiques les
plus diverses : conjonctivite, dermatite, rhinite, trachéite, bronchite
allergique, crise d’asthme, alvéolite allergique.
Les mycotoxines produites
par de nombreuses moisissures sont des métabolites de faibles poids
moléculaires comparés aux allergènes. Des doses identiques de mycotoxines
peuvent être plus toxiques inhalés qu’ingérés .
Besoins spécifiques de la Médecine Environnementale :
• reconnaître et de définir de façon reproductible des sous-groupes en
fonctions de certaines sensibilités
(enzymatiques par exemple) pour les étudier.
• intégrer de façon globale,
les réactions des patients dans leur complexité intime.
• retrouver les équilibres qui mènent au Bien-être.
Adresses utiles :
•Réseau Eco-Consommation: 071 300 301, www.espace-environnement.be •I.S.P. mycologie, Dr. N. NOLARD: 02 642 55 18, www.indoorpol.com •Centre anti-poison: 070 245 245 •R.W, div du Logement (insalubrité): 081 33 23 28 •Fondation pour la prévention des allergies, Oasis: 02 511 67 61
Plus d’informations :
-
le réseau Eco-Consommation: fiches et ouvrages.
-
« La Terre est ma Maison »: Françoise
JADOUL.
-
CERES ouvrage collectif centré sur l’enfant. (ONE)
-
« Le guide de l’habitat sain » P.&S.
Déoux.